fév 12 2009
Utiliser un logiciel de PAO pour “faire cours”
Si le progrès est la loi, la liberté est l’instrument du progrès. Robert Schumann
Les logiciels qui reviennent le plus aujourd’hui dans les recommandations de l’Inspection en matière d’utilisation des TICE sont les logiciels de Présentation Assistée par Ordinateur (logiciels de P.A.O.). Deux logiciels se partagent actuellement le “marché” : le célèbre Powerpoint de la suite Microsoft Office (désormais gratuit pour les enseignants dans sa version 2007) et son concurrent Impress de la suite OpenOffice (gratuite depuis sa création).
Briser le mythe… ou le tabou…
Ces logiciels de PAO ont une finalité bien précise : ce sont avant tout des logiciels de présentation qui ont été développés pour produire des supports de conférence.
Une conférence est somme toute un exercice de style assez simple fondé d’une part sur une “relation unilatérale” entre le conférencier et le public et d’autre part, sur un “empilement d’information” généralement problématisé …
Depuis le début des années 2000, ces logiciels sont “proposés” au monde enseignant sans que l’on se soit vraiment posé la question de leur adéquation avec l’acte d’enseigner…
… Or tout le monde tombera d’accord sur le fait qu’un cours est tout sauf une conférence ! Un cours a pour objectif de permettre à l’élève de construire des raisonnements critiques, des pensées structurées. Ce processus de construction est complexe car il n’est pas linéaire : il est en effet le résultat de tâtonnements, de réussites et d’erreur, il alterne des phases de résolution de situations complexes et des temps d’aide pendant lesquels des entrainements systématiques sont proposés aux élèves en réponse aux besoins repérés.
Aussi, ces outils de PAO sont à manier avec la plus grande prudence dans le cadre de démarches pédagogiques et le professeur doit jouer son rôle d’expert disciplinaire en ayant toujours à l’esprit la question :
-de la transposition d’un cours en Présentation Assistée par Ordinateur ;
-et donc… de la réelle “plus-value pédagogique” de ces outils.
Avoir une “charte graphique” et un contenu qui soient cohérents :
Une présentation Assistée par ordinateur peut être comparée à un site Internet. Comme ce dernier, elle possède une structure graphique et un contenu. De la bonne intégration de ces deux éléments dépend la qualité -la lisibilité- de l’ensemble. Une PAO mal “ficelée” peut très rapidement devenir indigeste (“son et lumière numérique”) et avoir un effet inhibiteur sur les élèves (…qui sont réduits à n’être plus que des “gratte-papiers”…).
Chaque professeur doit donc se fixer un “cahier des charges” stricte.
1. Structurer son cours autour d’une présentation épurée :
-l’agencement général de chaque page :
Il doit être identique pour toutes les pages de la présentation et doit utiliser au mieux l’espace. Il faut absolument proscrire les couleurs de fond ou les fonds en dégradés qui surchargent inutilement les pages… Le blanc est une belle couleur…
-Le choix des “repères visuels” :
Il est préférable d’utiliser qu’une seule police (deux au maximum) qui pourra être déclinée en trois couleurs : le noir pour “le cours” ; le vert pour les références documentaires ; le rouge pour les titres. Les symboles, flèches et encadrés utilisés pour structurer l’ensemble doivent être les mêmes sur toutes les pages (même position, même taille…)
-Le “déroulé” :
de la sobriété ! ne pas dépasser deux effets maximum et utiliser des effets simples (comme par exemple, l’effet “estomper” dans Powerpoint) : pas de feu d’artifice ! pas de son ! et surtout pas de minutage !
-L’ouverture des documents :
Si des documents sont intégrés dans la présentation, ils doivent être ouverts dans une page à part. Dans l’exemple donné, cliquez sur “la petite carte de l’Auvergne” pour accéder au document et sur le “bouton flèche” pour revenir au cours.
2. Structurer son cours autour d’une présentation concise :
La présentation ne doit pas être un calque du cours mais doit servir uniquement de guide, de fil directeur.
-Consacrer un page pour chaque sous partie de cours (A, B…) :
L’élève doit pouvoir disposer de toutes les informations sur une même page.
-Noter l’essentiel :
Il faut se contenter de noter la ou les problématiques, les références documentaires et les “idées forces”… Et ne pas oublier que l’usage des tableaux “traditionnels” n’est pas encore interdit…
3. Préserver le dialogue, maintenir le contact :
Cet équilibre entre le fond et la forme est indispensable car il conditionne la perception du cours que vont avoir les élèves. Le “trop plein” d’information va, par exemple, monopoliser l’attention des élèves et va risquer de les exclure de la construction du cours. La seule inquiétude (l’angoisse !) sera alors de noter la “trace écrite” et de ne pas se laisser distancer par le clic…
Une “plus-value” pédagogique somme toute limitée :
Une PAO n’est donc ni plus ni moins au départ que la transposition numérique d’un cours “manuscrit” présenté traditionnellement sur un tableau noir ou sur transparent. Outre le fait qu’il nécessite un minimum de compétences techniques, ce travail de mise en forme prend du temps.
Il semble donc naturel de poser la question du rapport “qualité/prix”…
1.Rassurer les élèves… et le professeur :
Les présentation de cours assistées par ordinateur bien structurées et profitant des qualités graphiques inhérentes au numérique sont claires et donc lisibles. Les élèves ont en permanence le fil directeur du cours ce qui (peut) les rassure(r). Ces arguments sont aussi valables du côté du professeur qui dispose d’une présentation “clef en main”.
Cet apport qualitatif ne révolutionne pas pour autant nos pratiques pédagogiques. Les PAO ne seraient-elles donc que des “aides techniques” ?
2.Les logiciels de PAO : des outils pédagogiques à interaction réduite :
Beaucoup de défenseurs du “tout PAO” se sont laissés séduire, par méconnaissance sans doute, par les sirènes de l’interactivité. En effet, les logiciels comme Powerpoint ou Impress sont interactifs !
Interactif… Interagir… Favoriser les échanges… Nouveaux rapports professeur-élèves… Nouvelle façon de faire cours… Le raccourci était facile…
Mais malheureusement erroné… Car interactif n’est pas synonyme d’échange lorsqu’il s’agit de qualifier un objet informatique : un matériel et/ou un logiciel interactif est “un système qui réagit immédiatement aux sollicitations de l’utilisateur”.
Powerpoint et Impress permettent de bâtir des “storyboards” interactifs (le clic produit une action) mais totalement cadenassés. La place de l’élève peut même alors être dans certains cas remise en cause ou fortement réduite.
L’exemple ci-dessus est un cas d’école : le rétro-projecteur (outil archaïque et totalement “has been”) semble plus approprié que la PAO numérique lorsqu’il s’agit de “décortiquer” un texte.
Il est possible de multiplier les exemples qui montrent que les logiciels de PAO n’offrent pas réellement d’interaction. C’est surtout vrai lorsqu’il s’agit de travailler sur l’apprentissage de savoir-faire géographiques particulièrement complexes tels que la réalisation de croquis ou de schémas par exemple. Ces exercices nécessitent une grande rigueur mais offrent aussi la possibilité aux élèves de construire leur raisonnement, de produire un travail personnel (encadré par le professeur).
Les Tableau Blanc Interactif est, à ce jour, le seul dispositif capable de permettre une véritable interaction et d’associer totalement les élèves à la construction du cours, à la construction d’un croquis…
3.Un cas particulier :
… est celui qui associe les logiciels de PAO et le Tableau Blanc Interactif, ces deux outils n’étant pas incompatibles… C’est de loin le dispositif idéal (celui du lycée La Fayette ou je travaille…) puisqu’il permet d’associer la flexibilité du TBI à la qualité graphique des PAO… le mariage est détonnant !
Ce dispositif n’est pas à ce jour très répandu… dans les établissements scolaires…
Prendre du recul
Les logiciels de PAO sont des outils TICE à interaction limitée et manquent de flexibilité. Ce sont des “aides techniques” qui renforcent la lisibilité (l’ergonomie !) du cours mais n’améliorent pas l’échange entre les élèves et le professeur. Surtout, ils n’améliorent pas le travail de mutualisation et ne permettent pas la réalisation de production commune.
Ces “outils pédagogiques” ont pour autant le mérite d’exister et sont donc… utilisables…
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